Annexe-Tombe romaine
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Annexe-Tombe romaine
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La tombe romaine d’Awagne(Lisogne)

Awagne, dépendance de la commune de Lisogne, groupe ses habitations au bord du plateau condruzien dominant la rive droite de la Meuse en aval de Dinant.

Ce village agricole a son existence historiquement prouvée au VIIIe siècle, mais on peut lui assigner une date plus reculée : les formes anciennes de son nom relevées par le chanoine Roland dénotent un habitat romain et l’archéologie appuie ces données de la toponymie. En 1905, la Société Archéologique de Namur a fouillé " Sur les Comognes " à Awagne " cinq marchets renfermant des ossements humains ainsi que des poteries faites au tour et à la main "

Récemment, M. l’abbé Servais, vicaire d’Awagne, a mis au jour un caveau funéraire romain du IIe siècle. Le toponyme " Al tombe ", que porte une terre à un carrefour de vieux chemins, à l’est du village, avait éveillé sa curiosité. Une enquête lui apprit qu’à 200 mètres de là, la charrue heurtait des murs. Au cours de l’été 1951, il creusa à cet endroit et en peu de temps il déblaya à 0 m 70 de profondeur un cercle de maçonnerie, d’un diamètre de 4 m 70 inscrivant une cavité rectangulaire de 2 m 75 sur 2 m 30, dans laquelle il recueillit parmi des blocs de tuf équarris, des tessons et des os humains calcinés. Comprenant l’intérêt de sa découverte, il avertit aussitôt la Commission de la Société archéologique. Nous avons pu ainsi contrôler les circonstances de la fouille et apprécier la méthode prudente qu’il avait mise en œuvre. Elle lui a valu l’entière approbation de M. Jacques Breuer, directeur du service des fouilles de l’Etat, que nous avions informé et qui vint sur place.

Le mur circulaire a 0 m 60 d’épaisseur aux angles du caveau et 1 m 20 au milieu de chaque paroi ; il se compose d’un blocage de cailloux roulés luté de terre, dont la surface est régulièrement aplanie.
Les parois intérieures du caveau, hautes de 0 m 35, consistent en un parement de trois assises de moellons e calcaire du pays, de 0 m 10 à 0 m 20 d’épaisseur.
Le côté sud du caveau est percé d’une entrée, large de 0 m 70, qui se prolonge en un couloir d’un mètre dans le mur circulaire.
Au début de la fouille, on déblaya, sur une superficie de 5 mètres, des cailloux roulés, puis la pioche ramena en nombre des blocs de tuf auxquels parfois du mortier adhérait encore, les uns de forme rectangulaire, d’autres en claveau, enfouis dans un mélange de terre et de poussière de mortier.
Dans l’argile compacte qui remplissait le caveau, on recueillit, à l’angle nord-est et vers le centre, des tessons de poteries diverses et des esquilles d’os humains calcinés. D’autres ossements plus grands se trouvaient vers la paroi ouest.
Il n’est pas douteux qu’il s’agit d’une tombe à incinération de l’époque romaine, saccagée anciennement, dont le caveau fut défoncé pour les besoins de la culture.
Les blocs de tuf et leur forme indiquent que le caveau avait une voûte faite de ce matériau, fort en usage à l’époque romaine et au moyen âge à raison de sa légèreté et de sa facilité de taille ; on le trouvait au seuil des vallons arrosés par les affluents de la Meuse.
Il n’a pas été possible de reconstituer un seul vase au moyen des tessons récoltés, mais un triage a permis toutefois de déterminer le nombre et la forme des poteries.

1° La plus grande était une urne en terre fine à engobe noir de profil caréné, d’un diamètre de 0 m 20 environ à la panse. C’est un type qu’on a parfois rencontré dans les cimetières romains de l’Entre-Sambre-et-Meuse, comme à Villers-deux-Eglises et à Cerfontaine . Le tumulus d’Avennes en Hesbaye contenait deux urnes semblables
2° Une petite urne en pâte fine de couleur ocre, aux lèvres arrondies.
3° et 4° Deux cruches en terre grise dont on n’a pas trouvé de fragments du goulot et de l’anse.
5° Un fragment du bord droit d’un bol en terre sigillée, probablement du type Dragendorff 33.
7° un anneau de base d’une coupe en terre rose, de 0 m 08 de diamètre.
Deux petits morceaux de fer calcinés ont aussi été ramassés.
Ces tessons comparés à la céramique des sépultures romaines de la région sont des indices suffisants pour permettre de dater la tombe d’Awagne vers le milieu du IIe siècle
Le caveau était sans doute recouvert d’un tertre.
Cette particularité curieuse d’entrée et de couloir d’accès du caveau d’Awagne a quelque analogie avec la chambre sépulcrale circulaire précédée d’une galerie d’un des deux tumuli romains explorés par Alfred Bequet aux " Commognes " à Wagnée (Florée, près d’Assesse), en bordure de ce même chemin qui passe près de la tombe d’Awagne. Mais le plan de Florée est plus archaïque, semble-t-il, et de tradition anté-romaine .
La ressemblance de la sépulture d’Awagne s’accuse d’avantage avec un groupe de tumuli du Tournaisis signalés par M. Jacques Breuer à Antoing (Billemont et Guéronde) et à Maffles, sauf que leurs caveaux étaient construits en blocs de pierre de grande dimension . On a émis l’hypothèse que les couloirs d’accès de ces tombes avaient été faits pour permettre des sépultures successives .
Ce type de caveaux avec entrée et couloir n’existe pas dans les grands tumuli de Hesbaye, échelonnés en particulier le long de la chaussée romaine de Bavai à Tongres.
Bien que saccagée, la tombe d’Awagne apporte ainsi des éléments nouveaux qui ne sont pas négligeables pour l’étude des sépultures sous tertre et leur répartition géographique.
Ajoutons qu’à cinq mètres au sud de la tombe, M. le vicaire Servais a constaté la présence d’un amas de pierres roulées, sans mortier près duquel il a ramassé des tessons, mais les recherches n’ont pas été poursuivies. D’autre part, aux " Commognes " ou " Culées ", terrains communaux d’Awagne, là ou la société a fouillé en 1905, on trouve des fragments de poteries grossières dans des petits monticules ou taupinières.
Les chemins qui se joignent aux environs d’ "Al tombe " sont certainement antiques : l’un d’eux est appelé " la verte voie ", l’autre, la " large voie " (ou chemin du seigneur), laquelle, en direction du sud, passe par Loyers, autre dépendance de Lisogne, où, à la ferme du Buc on a découvert, il y a plus d’un siècle, d’après Hauzeur, une riche tombe à incinération dont le mobilier fut malheureusement brisé ou dispersé . On n’a pu sauver qu’une belle broche émaillée en forme de rouelle qui est au Musée de Namur .
Une dernière remarque. La chapelle d’Awagne a pour patron saint Quentin : un document de l’abbaye de Stavelot cite la " basilica edificate in homore sancti Quintini " en 824 . Cette titulature est un signe de grande ancienneté. Partout où l’église d’un village de la province de Namur est dédiée à saint Quentin, apôtre du Vermandois au IIIe siècle, on note en effet des vestiges de l’époque romaine. Ainsi à Saint-Quentin(Ciney) où existait probablement une chapelle, des traces considérables d’un établissement romain ont été mises au jour ; à Courrière, passe un chemin antique ; à Corenne, on a fouillé des tombes à incinération ; à Dailly, furent trouvés deux trésors de monnaies ; à Beez qui dépendait autrefois de la paroisse de Lives, on a découvert une habitation romaine . Si Warêt-la-Chaussée, dont l’église est sous le patronage de saint Quentin, n’a pas donné jusqu’ici d’antiquités romaines, son appellation semble indiquer q’un " diverticulum " traversait son territoire.

F. COURTOY

Notes:
Toponymie namuroise dans, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XXIII, 1899-1903, p.517.
Rapport sur la situation de la Société archéologique de Namur pendant l’année 1905, p. 2.
Ann. de la Soc. Archéol . de Namur, t. IV, 1855-59, p.206, fig.9
Etudes d’histoire et d’archéologie namuroise, Namur, 1952, t. I, p.121.
Bulletin de l’Institut archéologique liégeois, t.XII, 1874, p.206, fig.9
Etudes précitées, p.128
Annales de la Soc. Archéol. de Namur, t XVI, 1883. p. 22
Revue belge d’archéologie et d’histoire de l’art, t. X, 1940, p.147-167.
Ibid., p.165.
Ann. De la Société archéol. de Namur, t. V, p.40
Id., t.IV, p.282, pl. II, fig. 7
ROLAND. Toponymie namuroise, p.517.
Ann. de la Société archéol. de Namur, t. IV, p.361
Ibid., t.XIX, p.392, carte.
Ibid., t.VI, p.493, t. VII, p.44 et t. XXIV, p.522
Ibid. t ; V, p.211, t. XII, p.119 et t. XIII, p.522.
Ibid. t.XV, p.326


Awagne
19 janvier 2010